Plastic Odyssey : une nouvelle mission réputée impossible
Des sanctuaires marins menacés par le plastique
Il existe une liste de ce que l’humanité possède de plus précieux : le patrimoine mondial. On en connaît les vedettes, les pyramides de Gizeh, Venise, Angkor… On connaît moins ses 51 sites marins : des récifs et des îles isolés au milieu de l’océan, à plusieurs jours de mer du premier port. Sans routes, sans quais, sans aucune infrastructure.
Ils font pourtant partie de ce qui nous fait vivre. Ils servent de nurseries aux poissons, brisent les tempêtes avant qu’elles n’atteignent les côtes, stockent du carbone et abritent une biodiversité dont nous n’avons exploré qu’une infime partie. Ce sont des sources de poissons, de larves, d’oiseaux, d’une vie qui essaime bien au-delà de leurs frontières.
Longtemps, on a cru que leur isolement suffisait à les protéger. C’était sans compter sur le plastique, qui voyage sans passeport. Les courants l’apportent, les plages le retiennent, le soleil et le sel le réduisent en miettes. Il transporte des additifs, concentre les polluants, finit dans le plancton, les poissons, les oiseaux. Le corail, lui, l’intègre à son squelette. Et tout cela se passe loin des regards, sans le moindre témoin.
Reste une question simple : comment aller le chercher ?

Le nouveau navire Plastic Odyssey, un bateau qui n’existait pas
Intervenir sur ces sites relève de la mission impossible. Aucun navire n’est conçu pour travailler des semaines durant sans escale ni relais à terre, ni débarquer du matériel sur des côtes où personne n’a jamais construit de quai. Nous avons cherché ce bateau. Nous ne l’avons pas trouvé. Nous avons donc décidé de le construire.
Mais avant de tracer le moindre plan, nous sommes allés sur place. Au Cap-Vert, dans l’océan Indien, dans le Pacifique Sud, nous avons testé des façons de débarquer, de charger, de trier, de transformer. Nous avons appris, sur le terrain, ce qu’un bateau doit savoir faire quand le premier port est à plusieurs jours de mer. Le futur navire est né de ces missions.
Un navire-laboratoire de 60 mètres, et pas un de trop
Il mesurera 60 mètres et pourra embarquer jusqu’à 200 tonnes : plus de dix fois le plastique estimé sur l’île Henderson, trente-huit fois la capacité de notre bateau actuel. Mais sa vraie singularité n’est pas sa taille, c’est ce qu’il saura faire une fois arrivé. C’est une plateforme d’intervention complète, capable d’arriver sur un site isolé, de l’étudier, de traiter les déchets qu’il en retire et de repartir en totale autonomie. Un laboratoire de restauration qui se déplace.
Restauration des sites marins, débarquer là où l’on n’accoste pas
Aborder une île où aucun bateau ne peut accoster suppose que le navire apporte ses propres moyens d’accès. Des embarcations légères feront la navette jusqu’à la côte, même là où il n’existe aucun mouillage. Et avant elles, des drones auront repéré et mesuré la pollution plastique. Plutôt que de déployer des équipes sur une plage sans repères, nous arriverons avec une carte pour savoir où intervenir, et mesurer la quantité de déchets retirée.
Trente-quatre personnes vivront et travailleront à bord du navire, réunissant des métiers aujourd’hui dispersés entre plusieurs équipes : scientifiques, techniciens, gestionnaires de sites et habitants des territoires concernés.
Un navire à propulsion vélique, autonome en énergie
Le navire avancera grâce à deux ailes rigides, pilotées comme des gouvernails. Selon nos calculs, sa propulsion émettra 94 % de CO₂ de moins que celle d’un navire diesel de même capacité. Mais la voile n’est pas qu’une affaire de bilan carbone. Au large, aucun ravitaillement n’est possible, et chaque litre de carburant embarqué compte. Moins un bateau dépend de ses réserves, plus il peut rester sur zone. Or notre but n’est pas de traverser ces sanctuaires : c’est de travailler à leur conservation.
La science au cœur des expéditions UNESCO
Ce navire interviendra sur des sites protégés, jugés prioritaires, là où le plastique fait des dégâts et où presque personne ne peut se rendre. Chaque mission commencera par documenter l’état du site, puis viendra l’intervention, puis une nouvelle mesure. Qu’a-t-on retiré, où, combien, comment ? Qu’est-ce qui a changé ? Deux laboratoires scientifiques embarqués analyseront les prélèvements en pleine mission, sans attendre le retour au port. Côté restauration des écosystèmes marins, un bioréacteur fera pousser le corail destiné à être replanté.
Le navire sera autant un instrument scientifique qu’un outil de terrain. Ses missions se préparent avec l’UNESCO, qui gère l’accès aux sites, et avec l’IRD, notre partenaire scientifique.

Pourquoi lancer cette nouvelle mission maintenant ?
Parce qu’aucun bateau existant ne réunit toutes ces fonctions. Et parce que nous savons où commencer : les 51 sites sont identifiés, cartographiés, documentés, et nous savons lesquels sont les plus menacés. Le problème n’est pas de les trouver, c’est de les atteindre. Trois ans et demi d’essais sur le terrain nous ont appris à débarquer, charger, transformer, produire de la donnée et tenir loin des ports. Nous ne sautons pas dans l’inconnu avec ce nouveau navire, nous changeons d’échelle.
Un nouveau navire Plastic Odyssey en 2029
Rien de tout cela n’est encore construit. Les plans avancent et le cahier des charges continue d’évoluer. La construction doit démarrer en 2027, les essais en mer suivront en 2028, et les premières missions dans les sanctuaires sont prévues pour 2029. Ensuite, le navire ira de sanctuaire en sanctuaire, jusqu’au dernier.
Il ne réglera pas à lui seul la pollution plastique mondiale : 80 % du plastique marin vient de la terre, et c’est là que l’essentiel se joue, pour des décennies. Son rôle est plus précis : retirer le plastique des sanctuaires qui peuvent encore être sauvés. Ce qui doit rester, ce sont les données, les méthodes et les gens capables de prendre le relais. C’est déjà ce qui s’est passé au Sénégal, où les solutions rapportées de notre première expédition autour du monde vivent aujourd’hui leur vie. Sans nous. Et c’est la meilleure nouvelle qui soit.

Rejoignez l’aventure, il reste de la place à bord
Sur Henderson, au Cap-Vert, à Saint-Brandon, nous avons appris une chose : ce qui paraît impossible de loin devient, de près, une série de problèmes concrets à résoudre un par un. Ce navire ne sera rien d’autre que cela : des solutions mises bout à bout. En plus grand.
Nous voulons maintenant le construire avec vous. Plutôt que de dépendre d’un seul mécène, nous voulons que des milliers de personnes portent ce projet à nos côtés, en achetant chacune une part de ce navire et de son aventure. Le prix n’est pas encore fixé, mais vous pouvez déjà soutenir cette aventure en faisant un don. Nous vous tiendrons informés des prochaines étapes.
Le navire n’existe pas encore. Il reste de la place à bord.