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Visites terrain : à la rencontre des entrepreneurs du recyclage au Liban

Plastic Odyssey vous emmène au cœur des réseaux de collecte du plastique de la capitale libanaise, première escale d’une expédition de 3 ans autour du monde.

Plongée dans les circuits de collecte des déchets à Beyrouth

Au Liban, nous avons trouvé un pays en grande crise, une situation sans précédent et des difficultés innombrables. Que ce soit d’un point de vue économique, social ou politique, le pays semble ne pas réussir à sortir d’une crise qui dure depuis l’explosion des silos en 2020. Malgré tout, les habitants se battent et ne laissent rien tomber…

Nous avons été accueilli chaleureusement par les entrepreneurs et les institutions locales. En à peine trois jours, nous avons récupérer des dizaines de contacts et nous avons pu commencer les visites sur le terrain pour comprendre les problématiques et cataloguer les solutions qui existent sur place. Notre équipe terrain est parti à la rencontre de ces entrepreneurs du recyclage.

Ahlam Lajea Association – Fabricant de tubes en plastique recyclé

Activités : Collecte, tri, broyage, et recyclage pour fabrication de tuyaux d’irrigation.

Ahlam Lajea est une association et une Entreprise Sociale créée par Othman Afifi, un entrepreneur passionné. Situé au coeur du camp de réfugiés de Shatila, il rémunère des jeunes du quartier pour collecter les déchets de leur famille et de leurs proches. Il récupère les bouteilles plastiques et certains plastiques rigides. Ces déchets sont ensuite traités dans son usine qui emploie 6 personnes en plus des 150 jeunes impliqués dans la collecte.

Visite de l’atelier

L’atelier est composé d’une petite dizaine de machines de recyclage. Spécialisée dans la fabrication de tuyaux d’irrigation et de gaines électriques en plastique recyclé, l’entreprise est aujourd’hui contrainte de stopper la production à la suite de la pénurie d’électricité qui touche le pays. Toute l’énergie est désormais fournie par un groupe électrogène installé devant l’usine mais ce dernier consomme plus de 24 tonnes de carburant par an. Avec la hausse du carburant, l’activité de recyclage n’est plus rentable. Othman est contraint de se concentrer sur le broyage et compactage de bouteilles PET, moins rémunérateur mais moins gourmand en énergie et donc plus rentable dans ce contexte particulier. Pour pallier à ce problème, Othman envisage d’installer une unité de pyrolyse pour transformer les déchets plastiques en carburant afin de redémarrer sa production de tube.

Live Love Recycle – Une application pour organiser la collecte des déchets

Activités : Collecte et tri des déchets

Live Love Recycle collecte les déchets recyclables directement chez les habitants de la ville en 2 roues. Le collecteur est rémunéré grâce à la vente des déchets triés et compactés. Une application indique au collecteur le lieu le plus proche où les sacs de recyclable doivent être collectés au porte à porte. Le collecteur les livre dans une “boutique” dont le rôle est d’accumuler suffisamment de déchets avant le passage d’un camion qui a lieu une fois par jour. Ces recyclables composés de carton, aluminium et plastiques sont ensuite acheminés vers un entrepôt où le tri et le compactage en balle est opéré. Les balles de matière plastique sont revendues pour être recyclé.

Visite de l’atelier

Dans l’entrepôt de Live Love Recycle, seules les bouteilles d’eau en PET sont séparées des autres plastiques durs. Le PP et le PE sont donc mélangés dans les balles revendues. Georges Bitar, fondateur de l’entreprise, envisage d’améliorer le tri des déchets plastiques grâce à un l’ajout d’un capteur de tri destiné à la formation et à la levée de doute du tri manuel et ainsi améliorer la qualité du produit fini (balles de plastiques). Il souhaite aussi ajouter à ses activités une étape de broyage pour augmenter la valeur ajoutée.

Georges nous confie qu’ils perdent de l’argent sur certaines matières, mais il considère qu’ils ont une responsabilité sociétal d’offrir un service que personne d’autre n’assure en récupérant tous les déchets recyclables sans faire la fine bouche

Usine de traitement des déchets ménagers

Activités : Tri des déchets ménagers issu des municipalités, traitement des déchets non recyclables, production de sin gaz et fuel, production de CO2 industriel

Raymond Mitri est un entrepreneur qui nous a beaucoup marqué. En quelques années il a réussi à faire sortir de Terre une usine capable de traiter près de 200t de déchets par jour, soit la capacité d’une ville de 150 000 habitants. Tout a été construit sur place, au beau milieu des montagnes, en utilisant très peu de moyens. La structure est basée principalement sur des conteneurs maritimes et tout a été pensé pour être démontable. En regardant de plus près la manière dont chaque élément a été pensé, on se rend compte de l’incroyable ingéniosité dont Raymond et son équipe ont fait preuve pour construire ce lieu. C’est le parfait exemple d’ingénierie industrielle low tech.

Mais Raymond ne se contente pas de nous donner des leçons de frugalité, il illustre aussi très bien le principe de Lavoisier. Il a imaginé une manière de valoriser chaque type de déchets : les biodéchets sont compostés, les cartons et plastiques de bonnes qualités recyclés et tout le reste est pyrolysé pour produire plusieurs types de carburant. Même le CO2 issu de la pyrolyse est recyclé puisqu’il est revendu comme CO2 industriel après avoir été lavé.

C’est un véritable exemple pour les municipalités du monde entier mais, ironie de l’histoire, la municipalité de Beyrouth n’en veut pas ou plus précisément la corruption qui gangrène le pays et en particulier les services en chargent de la gestion des déchets. La mise en décharge plus ou moins contrôlée au bord de la mer profite à quelques personnes qui s’enrichissent en toute impunité.

Après avoir investi plus de 8 Millions de dollars pour construire son usine, Raymond ne peut pas l’opérer et n’a d’autres choix que de la voir rouiller en attendant son dernier espoir : démanteler le réseau mafieux avec l’aide d’une juge de Tripoli. S’il n’y parvient pas, il a quand même l’idée de revendre l’usine à un pays voisin mais pour l’heure, il ne veut pas abandonner son pays. Un bel exemple d’ingéniosité, de frugalité, de persévérance et d’optimisme qui force l’inspiration.

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