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Polynésie française : des cordages tissés à partir de fibre de coco

La culture des perles noires, deuxième pilier économique de la Polynésie française, nécessite beaucoup de matériaux, en particulier des cordes, pour cultiver les huîtres dans les lagons. Actuellement, ces cordes sont principalement fabriquées en plastique en raison de leur coût abordable et de leur fiabilité.

Cependant, cette pratique amène son lot de conséquences néfastes pour l’environnement, notamment la diffusion de microplastiques dans les lagons et la mise en péril de la biodiversité marine. Heureusement, il existe aujourd’hui une grande volonté de trouver des alternatives au plastique. Grâce à une collaboration entre la Direction des Ressources Marines (DRM) et une entreprise locale, un nouveau projet est né : Cocorig, des cordes faites à partir de bourre de coco.

L’histoire de Benoît et du projet Cocorig

Benoît Parnaudeau, ancien navigateur et passionné de la mer, s’est installé à Papeete il y a de cela plus de 10 ans et a lancé son entreprise de cordage de voiles. Sensible au sort de notre planète, il a toujours tenté d’ajouter un volet durable dans son activité. Il a d’abord exploré l’idée de substituer les câbles en acier inoxydable des voiliers par des alternatives en dyneema, plus résistants dans le temps et nécessitant moins de ressources, bien que toujours composées de plastique.

Habile de ses mains, il a alors tenté d’améliorer ses techniques et d’innover, toujours dans l’espoir d’être plus écologiqu​ement responsable. C’est pourquoi il a accepté de collaborer avec la DRM afin de trouver des solutions pour les cordages de plastique dans l’industrie perlière.

Valorisation de la fibre de coco

En Polynésie française, la culture de la noix de coco revêt une importance capitale sur ce vaste territoire.

“Chaque année, c’est plus de 60 millions de noix de coco qui tombent des arbres et seulement 48 millions sont utilisées pour la coprahculture (la culture de l’huile de coco). L’idée est de pouvoir récupérer tout ce qui ne sert pas pour le valoriser” Benoît Parnaudeau.

Bien souvent, la noix de coco est utilisée pour une seule de ses composantes, soit la coque, la chaire, l’huile, etc. Avec le projet Cocorig, une économie circulaire se crée en valorisant chaque partie de cette matière première aux multiples usages. En utilisant la partie fibreuse qui provient de la bourre de coco qui enveloppe et protège le fruit du cocotier, il est possible d’agglomérer cette matière pour ensuite en faire du cordage.

Le processus de fabrication des cordes commence sur l’île de Raiatea, tout près de Tahiti, où les noix de coco sont récoltées et traitées pour en extraire la fibre de coco. Par la suite, un premier tressage s’opère avec les fibres. Une fois tressées, ces cordes sont envoyées sur l’île principale, à Tahiti chez Cocorig. Pour renforcer la résistance du matériau, les torons (brins de cordes) sont ensuite entrelacés pour former les cordes finales. Benoît utilise une machine ancienne datant de 1978, provenant d’une corderie française, pour cette étape cruciale du processus.

Actuellement, ces cordages sont en phase de test, car il est encore difficile de trouver un biomatériau qui puisse satisfaire tous les critères du polypropylène utilisé pour les cordages des fermes perlières. Benoît explore donc la possibilité d’utiliser ces cordages à d’autres fins :

“On pourrait très bien utiliser ces cordes dans l’agriculture. En Polynésie française, il y a l’équivalent de 140 millions de mètres de cordage dans les fermes agricoles, cela ferait donc 140 millions de cordages fabriqués localement à Tahiti, sans générer aucun déchet. Il existe également plusieurs débouchés avec la fibre de coco, notamment des filets, des fibres géotextiles, donc on est au début d’un long processus.” affirme Benoît.

Même si pour le moment il n’existe pas de solutions idéales pour l’industrie perlicole, le projet Cocorig est une initiative très encourageante pour le futur. Il est également la preuve qu’il est possible de l’appliquer dans plus d’un secteur d’activité. Benoît est confiant que cette technique puisse évoluer au fil du temps et être une vraie solution pour pallier la pollution plastique.



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