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On vous emmène en Guinée – notre première action terrain à Conakry

Retour sur un déplacement terrain au cœur de notre action de lutte contre la pollution avec le récit de Tom, Jean-Baptiste et Mariam.

Par Cédric Stanghellini
Crédit photos : Saran Traore

En février dernier, Jean-Baptiste GRASSIN et Tom BEBIEN se rendaient en Guinée Conakry pour collaborer avec une entrepreneuse locale, Mariam MOHAMED KEITA, et l’accompagner dans le développement de son entreprise qui recycle les déchets plastiques en pavés.

Retour sur un déplacement terrain au cœur de notre action de lutte contre la pollution avec le récit de Tom, Jean-Baptiste et Mariam.

Le développement de projets de recyclage en Afrique pour Plastic Odyssey commence par la Guinée

Après le Burkina Faso, il s’agissait du deuxième déplacement de notre équipe en Afrique subsaharienne. Tom et Jean-Baptiste ont rencontré Mariam à Paris en décembre dernier à l’occasion d’un déplacement organisé par l’ambassade de France en Guinée. « Nous avons immédiatement été séduits par son projet. Nous avons d’abord étudié à distance pour valider son potentiel de développement, puis elle nous a invités à découvrir son entreprise en Guinée. »  Ce déplacement fût l’occasion pour Plastic Odyssey de découvrir le savoir-faire de Mariam et de mieux comprendre l’écosystème dans lequel elle évolue pour ainsi agir exactement là où nous sommes les plus pertinents pour elle.

Mariam, une autodidacte du recyclage

Car Mariam est une véritable cheffe d’entreprise et recycleuse autodidacte. « Il y a quelques années, elle a commencé à faire fondre dans son jardin un mélange de différents déchets plastiques, plus ou moins durs. Elle a obtenu une pâte chaude à laquelle elle rajoutait du sable pour rendre le tout plus solide. Ayant créé une forme homogène, c’est à ce moment qu’elle a l’idée d’en faire quelque chose : des pavés pour les trottoirs et les chaussées de Conakry. Le mélange idéal entre plastique et sable a demandé plusieurs essais. »  Le sable est une ressource disponible partout sur place. Et dans ce contexte, il est pertinent de séquestrer des déchets qui envahissent l’environnement dans des pavés utiles pour le développement de la ville.

La société de Mariam, Binedou Global Service (BGS) fait vivre neuf personnes, essentiellement des femmes de son quartier. Mais les moyens de fabrication n’ont que peu changé depuis les premiers essais. « Sous le hangar qui abrite son entreprise, deux petites cuves sont placées sur des feux de bois. Les employés versent à l’intérieur des plastiques, préalablement lavés et broyés à la main, qu’ils brassent à l’aide de grandes barres. Puis vient le sable, savamment dosé, incorporé et mélangé à l’aide de pelles. Une fois que l’ensemble est homogène, les cuves sont versées dans des moules en fonte en forme de pavés. »

L’objectif de notre collaboration avec Mariam est d’apporter à l’entreprise une expertise technique pour augmenter sa capacité de production et améliorer ses procédés, mais aussi de documenter et partager le model technique et économique qui fonctionne dans notre catalogue de solutions. « C’est une collaboration à double sens, un format gagnant-gagnant qui nous apporte beaucoup en connaissances. »

La gestion des déchets en Guinée Conakry

Ce déplacement était aussi l’occasion de comprendre le fonctionnement des réseaux locaux de collecte et de gestion des déchets. « L’une des premières choses qui frappe lorsque vous arrivez à Conakry, ce sont les très nombreux déchets plastiques. Au sol, dans les caniveaux, sur le bord des routes, dans les arbres. Une véritable invasion silencieuse. » Pourtant, la ville dispose bien d’un réseau de ramassage des ordures géré par l’ANASP, l’Agence Nationale guinéenne de l’Assainissement et de la Salubrité Publique, qui confie cette tâche à plusieurs sociétés privées. « À Conakry, il y a bien de grandes bennes où les gens peuvent déposer leurs déchets. Mais ils nous expliquent tous qu’ils trouvent le ramassage insuffisant. Les poubelles débordent rapidement. Et comme aucun tri n’est mis en place, les habitants n’ont d’autres choix que de tout jeter pêle-mêle: cartons, plastiques, papiers, épluchures, métal, bois au même endroit. »

Parmi ces déchets, il en existe un qui est emblématique de la région d’Afrique de l’Ouest : le sachet d’eau potable. Il s’agit d’un petit pochon transparent d’une vingtaine de centimètres contenant de l’eau douce. Puisqu’il n’y a pas de réseau d’eau potable à Conakry, sa distribution est réalisée par des camions citernes qui desservent des conteneurs d’eau dans les quartiers. Pour boire, la solution la plus courante est de s’acheter ces petits sachets plastiques d’eau. Et une fois vidés, les sachets sont jetés. « Comme ils sont légers, ils peuvent facilement s’envoler un peu partout et peuvent finir leur course dans la mer, faute de moyen suffisant de gestion des déchets » explique Mariam. Car Conakry s’étend sur une presqu’île d’à peine 7 kilomètres de large et la ville est bordée par l’océan Atlantique. « Les lendemains de pluie, les plages sont jonchées de déchets. »

Des bennes à ordures sont pourtant visibles dans toute la ville. Il existe deux destinations de tri dans la capitale : les centres officiels gérés par les autorités et les non-officiels, appelés les ‘points noirs’. Malgré leur statut de sites non-officiels, sur place, les choses sont bien organisées : « Les camions y déposent leurs bennes et rapidement des personnes qui attendent au soleil viennent fouiller le contenu. »

Grâce à notre accompagnatrice et guide sur place, Saran Traoré, une journaliste guinéenne qui parle le soussou, une des langues majoritaires en Guinée, nous avons pu discuter avec des travailleurs. Notamment avec un certain Saïdou Camara, qui habite ici au milieu des habitations de fortune construites à proximité. Il explique que les déchets sont triés par terre. « Tout ce qui n’est pas utile est brûlé sur place. Et le ballet des camions bennes ne s’arrête jamais. Environ un toutes les heures. »

L’organisation des ‘points noirs’

Qui organise ces points noirs ? Qui sont les personnes derrière ce système de tri non-officiel ? Les questions posées aux waste-pickers restent sans réponse claire. « On préfère rester flou sur ce sujet » expliquent Tom et Jean- Baptiste. « Grâce aux questions et traductions de Saran Traoré, nous comprenons que les quartiers installés à proximité de ces points noirs sont organisés autour de chefs qui, en quelque sorte, contrôlent qui peut ramasser quoi. » De nombreux Guinéens et Guinéennes vivent grâce à la récupération des déchets, donnant une seconde vie à ce qui est jeté et gagnent de l’argent avec les matières récoltées. Ce n’est pas une économie parallèle, c’est une activité économique.

La ville de Conakry abrite de nombreux points noirs comparables à celui-ci. Certains sont gérés par des hommes originaires du Sierra Léone, pays voisin de la Guinée. À la tombée de la nuit, l’activité ne ralentit pas. Équipés de lampes frontales, ces Sierra Léonais continuent de fouiller dans les bennes bien après le coucher du soleil. « Les conditions de travail sont très difficiles et personne ne porte d’équipement, comme des gants pour se protéger des objets coupants cachés parmi les plastiques. »

À côté des points noirs, il existe des zones de transit et de tri officielles. Gérées par ENABEL et par l’ANASP, les camions y déposent leurs bennes dans une structure adaptée. « Nous avons visité l’une de ces zones officielles et nous avons tout de suite remarqué la différence par rapport à l’équipement des employés et à la sécurité du site. Le sol était bétonné et tous les déchets qui arrivaient étaient triés. » La volonté des autorités guinéennes est d’ailleurs d’augmenter le nombre de centres de tri officiels. « La tâche est encore immense, d’autant que beaucoup de monde dépend des points noirs pour subvenir à leurs besoins. »

‘La minière’, l’immense décharge à ciel ouvert

À Conakry, tout le monde connaît ‘la minière’, le surnom donné à l’immense décharge de Dar Es Salam. Une montagne de déchets haute d’une dizaine de mètres posée là au milieu des habitations. « L’atmosphère était chargée de l’odeur des détritus en décomposition. Il y a de nombreux feux allumés par les travailleurs, notamment pour isoler le métal et ainsi le récupérer parmi les cendres. L’air est difficilement respirable et on attrape des maux de tête lorsqu’on reste longtemps ici. » raconte Tom.

Comme pour les points noirs, la décharge de Dar Es Salam fait vivre beaucoup de monde, des Guinéens qui trient et récupèrent les matières pour les revendre. Aucun grillage ou mur n’entoure le lieu. Les allées et venues des camions sont encadrées par l’Anasp et une entreprise italienne chargées de peser les bennes. « Il est plus difficile pour nous et la journaliste de discuter avec les personnes ici car beaucoup préfèrent cacher leur vrai métier à leur famille. Il y a aussi des enfants qui glanent tout ce qui peut se revendre, un tissu devant la bouche pour se protéger des fumées. » Là encore, les sachets d’eau occupent une place prépondérante parmi les déchets.

La décharge géante de Dar El Salam est surtout connue des riverains pour sa dangerosité. « À chaque saison des pluies, des pans entiers de cette montagne de déchets s’effondrent, fragilisée par le poids de l’eau », explique un responsable du site qui travaille pour l’ANASP. Des travailleurs meurent ainsi ensevelis. « Certaines années, des maisons en contre-bas sont même recouvertes, faisant là aussi des victimes. » Une semaine avant la venue de Tom et Jean-Baptiste, une fille de 16 ans a tragiquement disparu sous un engin de chantier qui tassait les ordures.

Mais cette immense décharge à ciel ouvert devrait bientôt n’être plus qu’un mauvais souvenir pour Conakry. Les autorités guinéennes prévoient la construction d’un centre technique d’enfouissement bien loin de la presqu’île. Une solution que relativisent de nombreux Guinéens rencontrés : enterrer tous les déchets n’a rien de durable. D’une part, il faut les diminuer. D’autre part, il faut trouver des solutions pour revaloriser davantage ceux qui sont déjà là.

Le combat de Mariam pour lutter contre les déchets plastiques

« J’en avais marre de voir mon quartier rempli de déchets, de partout, au bord des routes, sur les plages, dans ma maison transportés par le vent. Je voulais faire quelque chose pour la Guinée et les Guinéens. » Mariam Keita est déterminée à changer l’image de sa ville de Conakry où elle a grandi. Aujourd’hui, sa société Binedou Global Service fait vivre neuf personnes, essentiellement des femmes de son quartier. « Nous produisons 200 pavés par jour. Mais c’est encore insuffisant et pour le moment, je n’ai qu’un seul client, l’Agence belge de développement qui m’a commandé 300 mètres carrés de trottoirs. J’ai besoin d’autres moules, sauf qu’ils coûtent cher et je m’en suis fait voler pour le métal. »

Evidemment, Mariam s’est renseignée pour améliorer sa production, notamment en trouvant une autre solution pour broyer et pour fondre le plastique. Elle sait que le procédé actuel, encore trop artisanal, présente des limites et que les fumées dégagées peuvent s’avérer toxiques pour ses employés. Le seul devis qu’elle a reçu pour le moment, c’est un fournisseur indien qui propose une machine à plus de 250 000 euros… Un coût évidemment trop élevé pour Mariam, d’autant qu’elle n’est pas certaine que cette machine corresponde parfaitement à ses besoins ou qu’elle est la possibilité de l’alimenter en électricité.

Quelle suite pour ce projet terrain ?

La visite de l’entreprise de Mariam nous a permis de comprendre beaucoup plus rapidement ses besoins exacts. Aujourd’hui, nous pouvons lui proposer une solution adaptée à ses contraintes et l’accompagner dans son développement.
« Son expérience d’entrepreneur de terrain nous permet, à nous deux et à Plastic Odyssey, d’en apprendre beaucoup plus sur les solutions simples et efficaces qui peuvent être mises en place pour le recyclage. Venir à Conakry nous a permis de nous rendre compte visuellement et physiquement de la réalité du terrain, de l’impact très concret de la pollution plastique, et du rôle social primordial à prendre en compte dans ces problématiques environnementales. »

Au moins 1 000 unités de pavés devraient être produites par jour pour que Binedou Global Service puisse avoir suffisamment de débouchés, seule condition pour que cette solution de valorisation des déchets plastiques soit pérenne. Ce modèle peut également servir d’exemple à d’autres acteurs locaux à travers le monde confrontés à la même situation. D’autant que les pavés en plastique de Mariam sont moins chers que leur équivalent en béton. En Guinée, le potentiel est immense puisqu’il y a de nombreux projets d’investissement pour les routes et les trottoirs dans tout le pays.

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